TRADITIONS
Un grand nombre de coutumes et de fêtes sont liées à Baba Marta (Grand-mère Mars) toutes dédiées à l’arrivée du printemps. La plus connue est celle qui voit les femmes, les jeunes filles, les enfants et les jeunes animaux se parer de Martenitsa. Les Bulgares mettent cette amulette originale et s’adressent des vœux de santé et de bonheur avec les mots „Bonne Baba Marta“. (Tchestita Baba Marta)
Dans les croyances populaires, le printemps arrive avec l’arrivée de Baba Marta. Son image double, tantôt joyeux, tantôt fâché, à la fois positif et négatif, représente l’élément féminin qui génère la vie, mais en même temps, l’élément toujours féminin de la tempête destructrice. Le mois de mars est le seul mois féminin, c’est le mois de la conception du printemps et de la terre qui va accoucher de l’été et de la fertilité. Son symbole est la martenitsa, symbole de l’éveil et du culte du soleil.
Martenitsi
/chanson populaire/
Cigogne, ma cigogne,
Viens tourner autour de nous!
Amène-nous tes cigogneaux!
Qu’ils nous prennent nos martenitsi,
Qu’ils nous amènent un nouvel été!
Un nouvel été - un bel été!
Cigogne, ma cigogne,
Viens tourner autour de nous!
La couleur blanche symbolise initialement l’élément masculin, la force, la zone du jour et du soleil. Plus tard, sous l’influence de la mythologie chrétienne, elle signifie la virginité et l’innocence : la couleur blanche est la couleur du Christ. Le rouge représente l’élément féminin, la santé : c’est le signe du sang, de la conception et de la naissance. Rappelons-nous que les costumes des mariées étaient au départ rouges. La Martenitsa est une espèce d’amulette contre les forces du mal et se parer d’une martenitsa et un acte rituel magique : le fil de laine tressé blanc et rouge protège l’homme par les mécanismes de la magie du contact.
La tradition
Tôt le matin, les maîtresses de maison étendent devant leurs foyers des tabliers, des ceintures, des laines, des tapis ou des fils tressés rouges : ceux-ci protégeraient la maison en barrant le chemin au mal, aux maladies et à la misère. Les voyant, Baba Marta se mettrait à rire et le soleil apparaîtrait. D’avance, les femmes tressent des fils de laine blancs et rouges, qu’elles mettent sur chaque membre de la famille. Les fils des martenitsi devaient tournaient tout comme les jeunes filles « tournent » autour des jeunes hommes. Les femmes mariées portent les martenitsi à droite et les jeunes filles à gauche. Les jeunes hommes célibataires les portent les bouts ébouriffés, et les hommes mûrs – coupées ras le nœud pour ne pas se disperser dans les soirées.
D’habitude fabriquées en laine les martenitsi prennent la forme de pièces de monnaie, de billes, de pompons, de pions ou de grappes.
Les petites poupées Pijo et Penda sont uniques et sans pareils hors de Bulgarie. (sur la photo à gauche)
Les martenitsi protègent l’homme des maladies et des mauvais sorts; on ne les enlève que lorsqu’on voit la première cigogne et une fois enlevées, on les accroche à un jeune arbre en fleurs ou à un arbre vert. D’autres les mettaient sous une grosse pierre et 9 jours plus tard, on regardait ce qu’il y avait dessous. Si des fourmis s’y étaient installées, l’année allait être riche de moutons, s’il y avait des bestioles plus grandes, il y aurait de la réussite avec des vaches, du bétail plus gros. Pour cette raison on prête parfois à la martenitsa des propriétés divinatoires. Ailleurs, on la jetait dans la rivière, pour que tout se passe bien, que le mal s’écoule loin… On dit : « Emporte les galères de l’hiver et laisse-moi le plaisir du printemps ! »
Par endroits, la semaine qui commence par le 1 mars est appelée « les jours comptés » — ils montrent le temps qu’il fera dans l’année. Une autre coutume est aussi très répandue : choisir une date. Chacun choisit une date avant le 22 mars et le temps qu’il fait ce jour-là détermine toute l’année : s’il fait du soleil, l’année sera réussie ; s’il fait mauvais, il y aura des difficultés. Les premières martenitsi, destinées à parer des personnes et du bétail, n’étaient fabriquées que de fil blanc et rouge, sans d’autres artifices. Dans certaines régions, on y nouait une petite pièce d’or ou d’argent, une perle bleue, mais ces éléments jouaient plutôt le rôle d’amulette populaire : protéger les gens, le bétail et le verger contre les maladies. Le sens populaire de la beauté qui engendre les créations originales, n’apparaît que plus tard. Dans le quotidien de notre peuple, la couleur rouge est un moyen de défense contre les maladies. Rappelons-nous qu’on mettait sur le poignet des jeunes mariées ou des jeunes enfants un fil tressé rouge. La laine blanche de la martenitsa, annonce la longévité, alors que la laine rouge apportent la santé et la force dont on a tellement besoin à la fin de l’hiver lorsque les forces vitales et les stocks alimentaires s’épuisent.
La Martenitsa – un talisman magique puissant
“martenitsi” ou “incantations”
Depuis la nuit des temps les hommes savent que le champ énergétique de la Terre au mois de mars est très fort, pour plusieurs raisons : les forces de la nature s’éveillent, l’équinoxe du printemps arrive en même temps qu’un nouveau cycle zodiacal commence. Les hommes, depuis l’antiquité, cherchent à amadouer la nature et créent des talismans. Sur nos terres, la martenitsa en est un. La martenitsa traditionnelle a deux couleurs principales : rouge et blanche. Pendant sa fabrication, la grand-mère qui la faisait, prononçait des vœux de santé, de chance et de protection contre le mal. Ce sont notamment ces mots incantatoires, essentiels à la fabrication, qui transformaient la martenitsa en un talisman magique puissant, codé dans un but précis.
Les origines de la martenitsa viennent des rites de magie des protobulgares pour éveiller les forces naturelles du printemps. Une signification particulièrement magique est attribuée à la première « lune de mars, » c.-à-d. à la première pleine lune en mars. A ce moment, les jeunes filles en âge de se marier entament la danse du horo pour fonder une famille dans l’année. Les magiciens mettent des œufs sous leurs aisselles qui, selon la croyance populaire, éclosent le Jeudi Saint pour donner naissance à des « poussins-appâts ». Ce sont des poussins qui sont capables d’attirer le blé et le lait des champs et des vaches des autres.
Tous les samedis du mois de mars les femmes évitent de laver le linge, pour éviter les grêles en été.
POURQUOI ONT-ILS CHOISI LE MOIS DE MARS?
Pour ne pas « couper » la raison!
Le nom « mars » vient du latin « martius », c.-à-d. qui appartient, qui est dédié à Mars, dieu de la guerre, fils de Jupiter et de Junon. Les anciens Bulgares l’appelaient « brezen » de l’arbre « breza » qui à cette époque « sortent des feuilles et de la sève ». Dans la nuit, avant que la lune ne se lève, se lèvent uniquement les jeunes filles pour que Grand-mère Mars (baba Marta) ne leur jette pas du pipi dans les yeux, sinon tout l’été elles auront envie de dormir quand il faudrait travailler. Les jeunes doivent accueillir les premiers la vieille capricieuse pour qu’elle soit joyeuse et souriante durant tout le mois et le temps, beau et chaud. En mars, les gens ne se font pas couper les cheveux, pour ne pas se faire « couper » la raison et devenir sots.
C’est ainsi que la coutume est restée, de faire des martenitsi, pour égayer baba Marta, pour qu’elle n’apporte que du bien aux gens. La maîtresse de maison met des martenitsi à tous à la maison avec des bénédictions : « Que la santé ne quitte pas les hommes et le bétail, que le verger apporte ses fruits, que serpents et lézards fuient les gens, que la chance soit avec le bétail… »
Les vœux de Baba Marta: (souvent en rimes en bulgare)
Santé et force, couleurs blanche et rouge, joie tous les jours!
Tels la martenitsa blanche et rouge, soyons noués avec toi pour l’éternité et toujours dans la joie!
Je te mettrai une martenitsa blanche et rouge à la main et je t’embrasserai vite sur la joue, pour que tu retrouves couleurs et sourires !
Je prendrai le rouge de mon cœur, le blanc de ton visage et notre martenitsa nous portera santé, chance et amour!
Je t’ai fabriqué une martenitsa pour qu’elle t’apporte santé, vie et bonté!
Accueillons le printemps, appelons l’amour!
“Puissent les gens et le bétail être en bonne santé, puissent les arbres donner des fruits, puisse le soleil griller pendant l’été, sans voler la beauté des filles; puissent serpents et lézards fuir les hommes, puisse le gros bétail se reproduire…”
“Sois rouge – en bonne santé et vieillis pour blanchir comme la montagne du Balkan!”
Le fil blanc et rouge est ce fil solide qui relie les Bulgares dans le monde – faisons un vœu de santé, de force et de bonheur, souvenons-nous que nous sommes Bulgares où que nous nous trouvions dans le monde
LEGENDES DE l’HISTOIRE BULGARE
Les légendes de ce message unique et exclusivement bulgare de réussite et de beauté dans la vie qu’est la martenitsa, sont nombreuses et variées.
Le khan Asparouh (Ispor, Isperih, Esperih, Espererih, Aspar-hruk, Batiy, Atil-Kese) est un souverain protobulgare, fondateur de la Bulgarie Danubienne. C’est le troisième fils du khan Kubrat, le fondateur de la Grande Bulgarie.
La majorité des chercheurs contemporains supposent que Asparouh portait le titre de khan (han). Dans Le livre des Khans bulgares, Asparouh, ainsi que ses prédécesseurs sont appelés des princes. On ne connaît pas l’année de sa naissance mais on suppose qu’il meurt aux alentours de l’an 700 dans une bataille contre les Khazares. Selon Le livre des Khans bulgares, il aurait vécu 61 ans, c.-à-d. Asparouh serait né aux alentours de l’an 639-40.
Selon l’une d’entres elles, la tradition de porter des martenitsi est liée au moment où les haïdouks prenaient « le maquis. » Les couleurs ne sont nullement choisies par hasard. Le blanc symbolise la liberté tant désirée, tandis que le rouge – le sang qui doit être inévitablement versé pour la gagner.
Une autre légende nous ramène à l’époque d’Asparouh. Après la victoire sur les Byzantins et la proclamation de son nouvel état bulgare, le khan décide de faire une offrande à Dieu Tangra. Dans les terres du khan Koubrat, la coutume voulait que le feu du bûcher de sacrifice soit allumé avec une brindille d’aneth séchée sauf qu’ils n’ont pas pu trouver de telle dans cet endroit. Pendant qu’il réfléchissait quoi faire, sur l’épaule du khan s’est posé un faucon. Attaché avec un fil blanc à moitié teinté du rouge, un brin d’aneth pendouillait de sa patte. Houba, la sœur d’Asparouh qui était restée au foyer parental lointain, avait fait un rêve prémonitoire par lequel elle a su la difficulté de son frère. Elle lui avait donc envoyé de l’aneth par l’intermédiaire de son faucon préféré. Le fil blanc était taché de gouttes de sang : il provenait de sa main que l’oiseau avait griffée. Khan Asparouh a allumé le feu avec l’aneth et, en souvenir, il a mis le fil blanc et rouge autour de son poignet. Puis, tout le monde s’est paré des fils tressés blancs et rouges. C’était un 1er mars : le jour où jadis on fêtait le Nouvel An. On a donné au fil tressé blanc et rouge le nom martenitsa, comme le nom du mois (mart en bulgare), et la martenitsa est devenue un symbole de paix et d’amour, de santé et de bonheur. On souligne avec le blanc la pureté et l’honnêteté des relations tandis qu’avec le rouge – la chaleur de l’amitié et l’affection mutuelle.
La légende nous ramène aussi loin en arrière,à l’époque du khan Isperih.
Il y a très, très longtemps, dans les montagnes lointaines de Tibet, khan Isperih quitte la maison natale pour aller à la recherche de terres fertiles pour son peuple, les Protobulgares. Il traverse de nombreuses montagnes et de rivières pour arriver finalement dans les terres des Slaves, qui l’accueillent chaleureusement. Les femmes slaves, vêtues de blanc, lui apportaient des boissons, les tables étaient chargées de plats : les fruits de cette terre bénie Or, le khan ne s’en réjouissait pas car il s’ennuyait de ses proches : de sa mère et de sa sœur Kalinka. Il va s’assoir sur la rive du fleuve et des larmes perlées se mettent à couler sur ses joues hâlées pendant qu’il dirige son regard, telle une prière, vers le soleil et les dieux. Et…un miracle se produit. Sur son épaule se pose une hirondelle, rapide comme une flèche. C’est à elle qu’Isperih confie sa douleur. L’hirondelle s’envole aussitôt pour les terres d’où étaient venus les Bulgares et, d’une voix humaine, elle raconte à Kalinka que son frère a un nouveau royaume, qu’il s’ennuie d’elle et qu’il la salue.
Selon la tradition chrétienne, la Vierge (en latin: Virgo Maria, Deipara, en grec: Μαρία, Θεοτόκος, en hébreu: מירים, en arabe: مريم) est nommée Marie, la mère de Jésus Christ et l’épouse de Joseph. Elle est connue sous le nom de la Vierge Marie, la Sainte Mère, la Madone et bien autres. Elle est la sainte la plus vénérée par les Orthodoxes et par les Catholiques. Elle est l’une des femmes parfaites dans l’islam.
Réjouie, Kalinka décide d’envoyer un message à son frère bien aimé. Après avoir fait un petit bouquet de pervenches, qu’elle attache avec un fil en laine blanc et dont elle noue les bouts en guise de salutation – comme les Bulgares faisaient pour préserver leurs écrits, elle l’envoie par l’hirondelle. L’oiseau s’envole, tel un éclair, et peu après se pose sur l’épaule d’Isperih. Mais le long voyage avait irrité son aile et du sang avait teinté la laine. Tout content, le khan prend le petit bouquet, les nœuds lui font comprendre la salutation de sa sœur et lorsqu’il pare sa poitrine du petit bouquet, la martenitsa se met à rayonner. A ce moment, Isperih ordonne à son peuple : que chacun tresse des fils blancs et rouge et qu’à ce jour, chacun s’en pare pour être en bonne santé et pour demander la bénédiction du ciel. C’est arrivé un 1er mars et ça continue jusqu’à nos jours.
Les Chrétiens racontent qu’il y très longtemps, lorsque les gens étaient heureux, ils se vêtaient de blanc. C’est ainsi qu’un matin de printemps, le 1er mars, l’année
où Jésus allait apparaître parmi les hommes, la Vierge Marie, toute vêtue en blanc, s’est mise debout au milieu de la chambre, devant le foyer. Elle a découpé une bandelette de son jupon et l’a teintée de son sang de vierge.
Puis, elle l’a tressé avec une bandelette blanche et s’en est parée la poitrine.
Ensuite, elle est sortie sur la véranda pour recevoir les premiers rayons de soleil, pour annoncer à l’univers que fertilité, créatrice de vie et de gloire, l’attend, et pour la saluer…
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… Et Dieu Jésus Christ, tel Dieu le Père, naquit, incarné par le Saint Esprit et la Vierge Marie : La Très Sainte Vierge.
C’est ce qui expliquerait le fil tressé blanc et rouge depuis ce temps-là et jusqu’à nos jours.
Selon les chrétiens qui habitent la vallée de Tonzos, cette tradition bulgare est unique dans le monde et c’est l’expression de la vénération des hommes pour la mère de Dieu.
La tradition populaire est pleine de vie et de force. Aujourd’hui encore, elle apporte de la joie et de la beauté à notre peuple, elle le remplit d’énergie et d’espoir, elle offre de l’amour et de la protection à grands et petits.
Le 1er mars c’est le jour de fête pour Marta, Martin, Martina, Evdokiya.

